Les Sucs, ces volcans endormis

Mais qu’est-ce qu’un Suc ?

C’est une montagne en forme de cône ou de dôme due aux éruptions phonolitiques. Dans le langage local le mot peut désigner tout relief saillant dans le paysage. A pour diminutif « Suchet » ou « Suchaillou »… mais personne ne parlera des sucs aussi simplement que nous, habitants de ce territoire.

Étranges dômes volcaniques apaisés, ils sont uniques en Europe !

Impossible de ne pas les voir en arrivant chez nous, ils sont étonnants. Les sucs sont une caractéristique particulière et insolite de nos paysages. Avec leur forme en pain de sucre, ils semblent jaillir de terre au milieu de grands espaces.

Leur origine

Fin de l’ère tertiaire, ces volcans, de type péléen (sans cratères) sont apparus, il y a près de 12 millions d’années. La formation des Alpes provoqua un soulèvement du vieux socle granitique. Des failles se sont ouvertes et le magma, plus ou moins fluide, est remonté en plusieurs paliers pour se figer très rapidement en surface, selon plusieurs formes.

Partir à leur découverte

Cette richesse volcanique, exploitée par l’homme, a fourni les matériaux d’un patrimoine bâti exceptionnel. Les maisons traditionnelles aux murs de plus d’un mètre d’épaisseur ont des toits couverts en lauzes de phonolite.

Les sucs font la joie des amateurs de randonnée. La roche volcanique rend la marche sonore. La flore est remarquable, à noter la grande variété de papillons.

Depuis leurs sommets, les panoramas sont magnifiques : vues sur les Alpes, les monts du Forez, les levers de soleil,…, pour le plus grand plaisir des photographes.

Une balade incontournable !

Quelques sucs, parmi les plus remarquables

Le suc des Ollières (1 186m), le suc d’Achon (1 151m), le suc d’Ayme (1 137m), le suc de Jorance (1 188m), le suc de Bellecombe (1 178m).

Zoom sur le le suc de Saussac, un site patrimonial

Situé à 4 km d’Yssingeaux, le Suc de Saussac (1149 M) est un important site patrimonial du pays des sucs. Occupé par les hommes dès les temps préhistoriques, ce lieu semble faire l’objet d’une vénération cultuelle de grande ampleur, au moins à partir de l’âge du bronze (1800 av. JC – 700 av. JC) et jusqu’aux temps gallo-romains.

La christianisation de l’Empire et des territoires arverno-vellaves qui en dépendent, semble provoquer celle du culte païen associé à ce suc avec la construction de la première église de Saussac. Plus tard, aux alentours du Xe siècle, un puissant château est installé au sommet du site. Il forme un important centre politique, judiciaire et militaire rayonnant sur tout le plateau de l’Yssingelais et au-delà du Lignon (au moins jusqu’à Lapte).

Ce site forme le cœur de la puissance seigneuriale des Aviti de Saussac (une famille héritière de l’empereur romain Eparchius Avitus mort en 456). Autour de l’église et au pied des murailles du château se développe rapidement un village qui s’enferme à l’intérieur de murailles au tout début du XIIe siècle. Ce bourg fortifié est alors la principale agglomération d’habitats du pays des sucs. Son déclin commence à la fin du XIIIe siècle, quand l’évêque du Puy s’impose localement comme comte du Velay et prend possession du château de Saussac (il détruit alors la tour maîtresse). Au début du XVIe siècle, le bourg est déserté et ruiné. Depuis la fin du Moyen Age, la ville d’Yssingeaux s’est développée à ses dépens sur le plateau voisin et surtout autour du récent château épiscopal.

Depuis 1999, ce site fait l’objet de recherches archéologiques. Il est actuellement préservé et peu à peu aménagé par l’association des Amis du site de Saussac en collaboration avec la Communauté de communes des Sucs à l’occasion de chantiers de jeunes.

POBLE Pierre-Eric, Saussac, baronnie diocèsaine du Velay, Saint-Etienne, 2000.